Au mois de mai, il y a quarante ans, une révolte spontanée de millions de travailleurs et détudiants en France a engendré une grève générale qui a paralysé le pays pendant trois mois, provoquant la chute du gouvernement. Elle a électrisé le monde entier. Lanniversaire de cette lutte mérite notre attention car nous pouvons encore apprendre beaucoup de « mai 68 ».
Lagitation politique commença par une manifestation estudiantine, semblable à celles qui se produisaient quotidiennement pendant cette période partout en Europe et aux E-U, bien quun sentiment de colère généralisé dans la classe ouvrière, caractérisé par une grève de 62 jours par les cols blancs de la métallurgie à Saint-Nazaire en 1967, fournît lamadou pour létincelle qui allait venir. La grève à Saint-Nazaire toucha lensemble des métallos et fut soutenu par tous les travailleurs de la ville, et surtout par des manifestations de 3.000 puis de 4.000 femmes.
Le 22 mars 1968, environ 150 étudiants et dautres envahirent le bâtiment administratif de la fac de Nanterre dans la banlieue parisienne pour demander une réforme du budget universitaire. Ladministration appela les flics et les étudiants quittèrent le bâtiment. Les manifestations continuèrent, le 2 mai ladministration ferma la fac.
Quatre jours plus tard, 20.000 étudiants et enseignants marchèrent sur la Sorbonne, la fac principale à Paris. La police attaqua, lançant des grenades lacrymogènes, tabassant et arrêtant des centaines de manifestants. Le 10 mai, une autre manifestation énorme aboutit à une bataille rangée qui continua longtemps dans la nuit. De nouveau, les flics sont devenus fou furieux. Des agents provocateurs lancèrent des cocktails Molotov, fournissant une excuse qui arrangea bien la police pour pratiquer dautres passages à tabac et arrestations.
Ensuite, la sympathie pour les manifestants estudiantins et la révulsion contre la brutalité des policiers se répandirent dans la classe ouvrière. Le Parti « communiste » français devenu depuis longtemps la marionnette de la classe dirigeante et dautres soi-disant organisations de gauche tentèrent dinstrumentaliser le mouvement croissant en appelant à une grève de 24 heures le 13 mai. Plus dun million de personnes manifestèrent à Paris ce jour-là. Le gouvernement fit dinsignifiantes concessions, mais la vague de protestation augmenta.
Plus important, la vague toucha lensemble de la classe ouvrière. Le 13 mai, les travailleurs de lusine Sud Aviation à Nantes, dans louest de la France, occupèrent lusine. Une grève des travailleurs dans une usine équipementière de Renault près de Rouen dans le nord se répandit aux usines dassemblage de Renault dans la vallée de la Seine et à Boulogne-Billancourt, une banlieue parisienne. Le 16 mai, les ouvriers avaient occupé 50 usines, le 17 mai, le nombre de grévistes avait atteint 200.000. Le lendemain, deux millions étaient en grève ; la semaine suivante, cétait 10.000.000 de travailleurs, environ les deux tiers de la population active, qui étaient en grève.
Il est important de noter que ces grèves ne furent pas menées par les organisations syndicales, qui ont fait tout ce quelles pouvaient pour contenir et inverser le mouvement. La terreur policière ayant échoué, les « leaders » des travailleurs, dont le Parti « communiste », ont tenté damadouer les travailleurs, mais ceux-ci ont refusé une augmentation de salaire importante et ont maintenu la grève.
Le 30 mai, presque un demi million de travailleurs et détudiants ont défilé à Paris, scandant « Adieu, de Gaulle » pour exprimer leur haine du président de la République et de son gouvernement.
De Gaulle était déjà parti en secret par avion pour lAllemagne pour sassurer du soutien de linfâme général Jacques Massu, connu pour avoir cautionner lutilisation de la torture pendant la guerre coloniale en Algérie. De Gaulle avait nommé Massu commandant des forces militaires françaises en Allemagne, et Massu sapprêtait à envoyer en France des régiments français pour réprimer la révolte.
Cependant la classe dirigeante française navait pas besoin de larmée. La révolte sest dissipée rapidement du fait de ses propres défauts internes. Crucial parmi ceux-ci était le manque de direction par un parti communiste révolutionnaire ayant une large assise dans la classe ouvrière. Seul un tel parti aurait pu donner une direction tactique et stratégique aux aspirations dun changement fondamental de société, aspirations exprimées par la colère des ouvriers et des étudiants. Seul un tel parti aurait pu poser la question de la destruction du pouvoir détat capitaliste et de la substitution de la dictature de la classe ouvrière. Cela est la leçon la plus importante pour nous aujourdhui, mais elle nest pas la seule.
La révolte a eu lieu à une époque où lidée du rôle de la classe ouvrière dans la société et dans le processus révolutionnaire fut attaquée par un essaim de soi-disant « théoriciens » de gauche, menée par un professeur appelé Herbert Marcuse. Les millions qui ont fait grève dans les usines françaises ont démasqué la superficialité de ce point de vue et ont démontré dune manière dramatique que seule la classe ouvrière, qui construit tout et qui produit tout, a le potentiel pour révolutionner la société et pour apporter un changement significatif. Ce principe est tout aussi valide aujourdhui.
Les événements de mai 68 ont aussi démontré clairement le rôle clé secondaire joué par les étudiants et les intellectuels dans le processus révolutionnaire. Ce nest pas par hasard que la lutte a commencé sur un campus universitaire avant de sélargir aux usines. Malgré plusieurs tentatives avortées, les étudiants français en grève nont pas réussi à établir une alliance significative avec les millions de grévistes de la classe ouvrière, mais cet échec ninvalide nullement la nécessité stratégique dune alliance entre les étudiants et les ouvriers. Plus que tout autre chose, elle souligne labsence dune direction communiste.
Une troisième leçon clé, cest la banqueroute absolue du réformisme. Les travailleurs qui ont rejeté la corruption dune augmentation de salaire étaient sur la bonne voie mais sans un parti communiste pour les diriger, ils étaient obligés de se battre les yeux bandés, les bras liés.
Après la fin de la grève, de Gaulle quitta la présidence, remplacé par son séide Georges Pompidou. Sensuivirent beaucoup de réformes. Quarante ans plus tard, la France reste sous dictature capitaliste. Le chômage parmi les travailleurs jeunes oscille autour de 20 à 25 %, il est beaucoup plus important parmi les travailleurs immigrés. Le racisme, en particulier contre les travailleurs noirs dorigine africaine et parmi les travailleurs dorigine arabe, est répandu dans le pays de la « liberté, égalité, fraternité ». Les dirigeants de la France continuent de soffrir comme associés secondaires dans la mêlée ensanglantée où les patrons des E-U saffrontent à dautres patrons afin de sassurer le contrôle du pétrole du golfe persique. Ainsi, le capitalisme français aide à préparer la prochaine guerre mondiale.
Les cyniques favorables au capitalisme disent que mai 68 justifie le mensonge, cest à dire que la lutte de classe aboutit invariablement à la déception. Le PLP nest pas daccord. Les luttes des travailleurs et des étudiants en France dil y a deux générations appartiennent à lhistoire vivante de notre classe, si nous assimilons les leçons et les interprétons correctement. Pendant les quarante dernières années, le capitalisme na résolu aucun des problèmes qui provoquèrent cette révolte. Ces problèmes se sont plutôt aggravés. Dautres révoltes ne sont, par conséquent, quune question de temps. En fait, on se demande comment les travailleurs vont réagir à ce quarantième anniversaire, et si la vague actuelle de manifestations de lycéens et doccupation décoles pourrait déclencher une nouvelle vague de grèves.
Partout, le travail du PLP reste le même : répandre nos idées révolutionnaires et construire notre organisation révolutionnaire dans toutes les situations, afin que, lorsquune lutte de cet ordre de grandeur éclatera de nouveau, le but de celle-ci sera la dictature de la classe ouvrière et son aboutissement sera une augmentation massive du nombre de travailleurs et étudiants visant le communisme.